15ème rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre – Le mal-logement s’aggrave en France

Le 15ème rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre vient tout juste d’être publié. Les chiffres sont accablants. 3 millions et demi de personnes sont très mal logées. 100 000 personnes sont sans domicile fixe. 6, 6 millions de personnes sont en situation de fragilité. Au total, 10 millions de personnes sont touchées de près ou de loin par la crise du logement.

Le rapport livre plusieurs constats :

· « Le logement apparaît comme un facteur d’appauvrissement mais aussi comme une nouvelle source d’inégalité. » Ainsi, la part des dépenses contraintes (logement, alimentation, vêtement) est passée en 30 ans de 24 % à 48 % du budget total pour les 20 % de Français les plus pauvres alors qu’elle n’a augmenté que de 7 points pour les 20 % de Français les plus aisés. Le coût du logement favorise en tout premier lieu les ménages les plus modestes. La crise économique et la montée du chômage n’ont fait qu’aggraver encore un peu plus le problème du logement en fragilisant de nombreuses familles. Beaucoup d’entre elles se retrouvent aujourd’hui dans la plus grande précarité. Le tableau risque encore de se noircir avec le million de chômeurs qui arrive en fin de droits cette année.

· « Ne disposant d’aucune autonomie, les enfants sont en quelque sorte les victimes collatérales de la crise du logement et vivent souvent douloureusement la situation faite à leurs parents. » Le mal-logement est encore plus inacceptable lorsqu’il touche les enfants, les êtres les plus faibles et les plus fragiles de la société. Une enquête de l’INSEE de 2001 avait révélé que 20 % des SDF étaient des enfants.
Un rapport de la commission « familles-vulnérabilité-pauvreté » de 2005 montrait qu’un million d’enfants sur 13, 2 millions vivaient sous le seuil de pauvreté. Un document plus récent de l’Observatoire National des Zones Urbaines Sensibles indiquait que 44, 3 % des moins de 18 ans résidant dans ces quartiers vivent sous le seuil de pauvreté. Quand on connaît le lien entre les conditions d’habitat et le revenu
des familles, ces chiffres sont une source d’inquiétude majeure.

· « Aujourd’hui, le pouvoir politique ne semble pas prendre la mesure de l’aggravation de la crise du logement. » Il y a 20 ans, la loi du 31 mai 1990 visant à mettre en oeuvre le droit au logement notamment pour ceux qui ne pouvaient ni accéder à un logement ni s’y maintenir était adoptée. Il y a 10 ans, loi Solidarité et Renouvellement Urbains du 13 décembre 2000 créait l’obligation pour les communes de disposer de 20 % de logements sociaux sur leur territoire. Il y a 5 ans, le plan de
cohésion sociale fixait l’objectif de construire 500 000 logements sociaux en cinq ans, d’en réhabiliter 200 000 et de mobiliser 200 000 logements dans le parc privé à des fins sociales. Aujourd’hui, alors que la crise du logement bat son plein, la politique du gouvernement est inquiétante par le manque d’ambition et de moyen. Le budget du logement est passé de 7, 58 milliards d’euros en 2009 à 7, 24 en 2010.

900 000 logements manquent actuellement. 1, 5 million de personnes attendent un logement social. La crise du logement exige une vraie mobilisation des pouvoirs publics et du gouvernement. Il ne suffit pas de vouloir faire de la France un pays de propriétaires et d’endettés. Cela ne réglera pas le problème. A cet égard, les attaques contre le logement social et les désengagements de l’Etat qui vont de pair sont inacceptables. Ils privent des millions de familles de la possibilité de trouver un toit, de vivre dignement et d’imaginer un avenir pour elles et leurs enfants. Il y a urgence à agir. La Fondation Abbé Pierre montre que le problème du mal logement n’est pas inéluctable. Seule une politique volontariste pourra endiguer la crise du logement et mettre fin à l’exclusion et à la précarité dont sont victimes, aujourd’hui, près de 10 millions de Français.

Pour consulter le rapport 2010 en ligne :

www.fondation-abbe-pierre.fr/

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