Accueil et logement des réfugiés : se mobiliser pour des solutions efficaces et dignes

L’attribution de 77 000 logements sociaux aux réfugiés est une intox du Front National.

Avant d’évoquer le fond du sujet, l’hébergement des réfugiés fait l’objet de fantasmes qu’il faut démystifier. Plusieurs élus FN ont ainsi dénoncé cette semaine l’attribution de 77 000 logements HLM aux réfugiés plutôt qu’aux familles françaises. Madame Le PEN s’est offusquée sur France Inter le 15 septembre de la mise à disposition de « 77 300 places d’urgence comme ça, du jour au lendemain, alors qu’il y a un million et demi de foyers français qui attendent un logement social, parfois depuis des années ». Il s’agit d’une intox. En réalité, le chiffre de 77 300 correspond au nombre de logements sociaux aujourd’hui vacants évoqué par la Présidente du Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées. Il s’agit essentiellement de logements situés dans les zones où la demande est faible comme le Limousin par exemple qui compte 1 900 logements vides. Il n’a donc jamais été question de débloquer des logements HLM vacants qui sont d’ailleurs inexistants dans les zones tendues.

Comment la France prépare l’accueil et l’hébergement des réfugiés.

La France a décidé d’accueillir 24 000 réfugiés supplémentaires qui pourront bénéficier rapidement du droit d’asile en raison de leur besoin urgent de protection. Ces réfugiés s’ajouteront aux 9 000 personnes que notre pays s’était déjà engagé à accueillir auprès de la Commission européenne. En application des conventions internationales et conformément à la tradition de la République française sur le droit d’asile, les réfugiés ont des droits et doivent pouvoir bénéficier d’un hébergement dans un centre provisoire qui a pour mission d’assurer l’accompagnement des personnes en vue de leur intégration.

Pour faire face aux besoins, le Gouvernement a présenté dès le 17 juin 2015 un plan « répondre à la crise des migrants : respecter les droits, faire respecter le droit ». Il s’est engagé à :

·                créer des capacités supplémentaires d’accueil (4000 places d’hébergement pour demandeurs d’asile d’ici 2016, qui viendront s’ajouter aux 4 200 prévues d’ici la fin de l’année, ainsi que 5 500 places d’hébergements et de relogement pour les réfugiés politiques) et à recruter pour réduire les délais d’instruction de la demande ;

·                assurer la réactivité du système d’hébergement d’urgence par le renforcement des capacités de mise à l’abri à hauteur de 1500 places ainsi qu’un effort plus systématique d’accompagnement des personnes actuellement hébergées vers les structures adaptées.

Mais l’idée est bien de faire basculer rapidement les réfugiés qui ont obtenu le statut, donc un titre de séjour et une autorisation de travail, vers un dispositif de logement pérenne qui leur permette de s’intégrer. Il s’agit de limiter la durée de séjour dans les Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA) à deux mois maximum. C’est pourquoi, le ministre de l’Intérieur a précipité une réunion le 12 septembre dernier avec l’ensemble des maires volontaires pour l’accueil des migrants. L’objectif ? Répartir de manière équitable sur l’ensemble du territoire les réfugiés dans des conditions de logement dignes.

Quelles solutions locales pour l’intégration des réfugiés ?

Localement, des solutions sont d’ores-et-déjà proposées par les maires. Elles consistent essentiellement à mobiliser des bâtiments vacants. Il y a un large éventail de locaux appartenant à l’Etat, aux collectivités, aux bailleurs, aux entreprises publics et privés, anciens foyers logement, maisons de retraite, bâtiments en attente de démolition, auberges de jeunesse, casernes… Jean-Jacques THOMAS, maire de la commune d’Hirson dans l’Aisne annonce ainsi sur son blog personnel : « nous souhaitons accueillir cinq ou six familles en mobilisant, non pas des appartements HLM, mais des logements désertés par les services publics (SNCF, EDF – Suez, etc.). Réhabilités avec le soutien du Conseil régional, ils demeureront dans le patrimoine public et retrouveront ainsi leur utilité. »

Le mouvement HLM, quant à lui, a réaffirmé sa solidarité en matière d’accueil des réfugiés. Par communiqué du 9 septembre, le Président de l’Union Sociale pour l’Habitat rappelle que les bailleurs sociaux se sont toujours mobilisés pour accueillir les réfugiés dans notre pays. Toutefois, leur contribution ne sera pas simple comme l’affirme dans le journal Le Monde du 8 septembre Jean-François PLOQUIN, directeur de l’association Forum Réfugiés qui souligne : « la difficulté qu’aura la France à permettre l’accès à un logement social aux personnes reconnues comme réfugiées, car il y a déjà une longue liste d’attente dans de nombreuses villes ». En effet, les logements sociaux français sont très sollicités en particulier dans les zones tendues à l’image du Nord Pas-de-Calais où 90 000 demandes de logements sociaux n’ont pas trouvé de réponse. En outre, il convient à tout prix d’éviter de créer, dans le climat économique et social actuel, une concurrence entre les publics précaires. Si des solutions de logement peuvent exister au niveau des bailleurs sociaux, il faut se tourner prioritairement vers les zones dites « détendues » où il y a de la vacance. Ce serait le cas des régions du centre et de l’est de la France.

En réalité, il y a nécessité de construire un véritable plan d’ensemble afin de coordonner tous les acteurs : l’Etat responsable de l’accueil ; les collectivités locales responsables sur le terrain de l’intégration dans la ville et d’une partie du suivi des personnes au niveau départemental ; les partenaires associatifs qui joue un rôle indispensable d’accompagnement et les bailleurs qui hébergent les réfugiés. Proposer des « places » ne suffit pas. Il faut aussi et surtout être en capacité de proposer des perspectives aux familles de réfugiés afin qu’elles puissent reconstruire leur vie dans des conditions véritablement dignes.

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