Archives de catégorie : Politique nationale

Nos services publics ont-ils un avenir ?

La France est « un pays qui souffre d’un retrait des services publics » affirmait le Défenseur des droits Jacques Toubon au micro de France inter le 11 avril dernier. « L’accès aux droits semble rendu plus difficile par le fait que l’accès aux services publics est plus complexe et plus rare. Il suffit de lire les journaux le matin pour voir que, dans telle ou telle commune, a fermé un centre de sécurité sociale ou un bureau de Pôle Emploi. »

Cette situation doit nous alerter dans un contexte de montée des inégalités et de risque de replis identitaires alors que la croissance économique est de retour.

Les services publics ont toujours été régulièrement critiqués et attaqués. La petite phrase de Clémenceau « la France est un pays extrêmement fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts » avait déjà du succès au début du siècle dernier. Il est vrai que le nombre de services publics et de fonctionnaires a beaucoup augmenté au cours du XXème siècle car les citoyens et leurs représentants ont progressivement décidé qu’il revenait à l’Etat-providence puis aux collectivités territoriales avec la décentralisation de prendre en charge ce qui étaient considérés comme des besoins communs fondamentaux donc exclus de la marchandisation.

Quels services publics serions-nous prêts à abandonner aujourd’hui ?

En réalité, les Français sont attachés à leurs services publics. Plus de la moitié des Français se déclaraient satisfaits de leurs services publics dans une étude Odoxa publiée en février 2017. Les services publics locaux et nationaux sont les seuls domaines où les Français pensent disposer d’un avantage sur leurs voisins européens. Cependant trois Français sur quatre pensent également qu’ils vont se détériorer à l’avenir. Comment ne pas leur donner raison ?

Au Conseil départemental du Nord, la majorité communique sur la suppression de postes de fonctionnaires (550 depuis le début du mandat !) et l’externalisation de missions importantes comme l’entretien des collèges avec des conséquences évidentes sur la qualité du service public…

Au niveau national, le Programme Action Publique 2022 lancé par le Premier ministre prévoit « des transferts entre les différents niveaux de collectivités publiques, des transferts au secteur privé, voire des abandons de missions »…

Soyons solidaires des mouvements sociaux qui touchent la fonction publique, les hôpitaux, les Ehpad, les universités et la SNCF. Leur combat pour la défense du service public est légitime car il concerne notre avenir collectif et notre projet de société !

Solidarité avec les personnels et les résidents des Ehpad !

7 organisations syndicales ont lancé un appel national à la grève ce mardi 20 janvier dans les Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes afin de dénoncer l’insuffisance de leurs moyens.

728 000 personnes vivent en Ehpad. La moyenne d’âge est de 85 ans. Un résident sur cinq est touché par la maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée. 57 % sont dans une situation de forte dépendance.

Depuis plusieurs mois, les professionnels du secteur alertent sur les conditions de travail et d’accueil des personnes âgées qui se sont considérablement dégradées.

De nombreux témoignages de personnels des maisons de retraite ont fleuri dans la presse sur la « maltraitance institutionnelle » liée surtout au manque de temps accordée aux résidents. En France, le ratio dans les Ehpad est de 0,57 soignant pour un résident contre un soignant pour un résident dans les pays d’Europe du Nord.

En outre, dans le secteur des services et soins à la personne, les taux d’accidents au travail et de maladies professionnelles sont de 9,4 %. C’est un chiffre supérieur à celui du BTP où le taux d’accidents du travail est de 6 %. Dans son dernier bilan du mois de septembre 2017, l’Assurance maladie juge cette situation « préoccupante ».

Dans le Département du Nord qui est le chef de file de la politique en faveur des personnes âgées, les restrictions budgétaires de la majorité départementale ont considérablement fragilisé les établissements pour personnes âgées dépendantes.

Des Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens (CPOM) ont été imposés sans concertation aux établissements. Le Président du Conseil départemental a en effet décidé en 2016 de réduire de 3% les budgets hébergement des EHPAD : décision condamnée par la Fédération Hospitalière de France.

Le budget départemental pour 2018 voté au mois de décembre n’a rétabli les crédits nécessaires au bon fonctionnement des établissements.

C’est pourquoi, nous avons proposé dans le cadre de notre Contre-budget pour 2018 de renégocier la tarification des établissements inscrits dans les CPOM en mobilisant une enveloppe supplémentaire de 16 millions d’euros qui s’ajoutent aux 75 millions d’euros prévus dans le budget de la majorité départementale.

L’enjeu est d’améliorer les conditions de travail des agents et les conditions d’accueil des personnes âgées dépendantes dans tous les établissements sociaux et médico-sociaux face au risque de développement d’Ehpad à deux vitesses : des Ehpad pour ceux qui sont à l’aide sociale et des Ehpad pour ceux qui ont les moyens de payer. C’est un sujet sur lequel nous resterons particulièrement vigilants dans le département du Nord.

Didier Manier

Président du Groupe Socialiste, Radical et Citoyen

Suppression des contrats aidés : des emplois utiles en danger !

470 agents en contrats aidés travaillent dans les collèges nordistes. Ils remplissent des missions d’aide administrative, de sécurité, d’entretien, de restauration scolaire ou d’accompagnement des élèves handicapés ce qui contribue à la qualité des conditions de travail de l’ensemble de la communauté éducative. Les contrats aidés sont des emplois utiles au sein des établissements scolaires.

Le Gouvernement a décidé, au cours, de réduire massivement, dès la rentrée, le nombre de contrats aidés dans les établissements scolaires et les associations. Dans notre région, 20 000 emplois sont directement menacés en 2017 et le mouvement va s’accélérer en 2018.

Qui remplacera les contrats aidés au sein des écoles ? Personne. Les équipes éducatives devront faire sans et donc faire moins. La qualité de l’accueil et de l’accompagnement au sein des établissements ne pourra plus être la même.

En outre, que deviendront les personnes en contrats aidés qui étaient dans une démarche d’insertion ? Elles perdent immédiatement un travail utile à la société et elles risquent de retomber brutalement dans les chiffres de Pôle Emploi ou du RSA. S’agit-il d’un choix économique et social pertinent ?

Plan logement : danger pour les HLM !

Le Gouvernement a dévoilé les premières mesures de son Plan logement parmi lesquelles figurent une baisse des APL pour les bénéficiaires des logements sociaux qui pourrait atteindre une cinquantaine d’euros par mois.

Pour rendre cette baisse indolore, le Gouvernement souhaite imposer une baisse équivalente des loyers aux organismes HLM. Pour l’ensemble des bailleurs, cette baisse équivaudrait à une perte sèche de l’ordre de 1 à 2 milliards d’euros. Une somme colossale qui risquerait de mettre à mal les programmes en cours de construction de logements neufs, les réhabilitations et même l’entretien courant du patrimoine.

Tout ceci ne concerne bien sûr que le parc social. Aucune piste d’économies n’est, pour l’instant, envisagée pour le parc locatif privé, où les allocations logement financent pourtant des loyers toujours plus chers.

Un deux poids deux mesures qui est profondèment injuste et innaccpetable. Finalement, il s’agit de gaire payer au secteur HLM, dont les loyers sont réglementés et abordables, les excès et dérives des prix des loyers du parc privé. On marche sur la tête et ce sont les français les plus modestes qui, une nouvelle fois, en supporteront les conséquences.

Retrouvez ci-dessous la conférence de presse que j’ai donné à ce sujet en tant que Président de Lille Métropole Habitat avec Max-André Pick, Président de Partenord Habitat :

Retrouvez également ici mon interview dans la matinale de France Bleu Nord du lundi 18 septembre

 

Retrouvez ici l’article de La Voix du Nord – Face au plan logement les bailleurs sociaux LMH et Partenord Habitat montent au créneau

Les aides au logement responsables de tous les maux ?

Depuis quelques semaines un débat s’instaure sur le coût et l’utilité ou non des aides au logement.

Nous devons éviter comme toujours les propos à l’emporte-pièce et le danger d’une approche purement budgétaire.

De quoi parle-t-on ?

Les aides au logement représentent 30 milliard d’euros dont 19 pour l’APL (aide personnalisée au logement). Parmi ces aides, 43 % des bénéficiaires touchent l’APL , 37 % l’ ALS ( allocation logement Social ), 20 % l’ ALF ( allocation logement familial).

6,5 millions de foyers touchent donc l’APL dont 3 millions dans le parc social. Cela représente 21 % de la population et 13,5 millions de personnes.

Parmi les allocataires de l’APL, 60 % vivent sous le seuil de pauvreté et 80 % touchent moins que le SMIC !

800 000 sont des étudiants, soit 40% des allocataires. Faut-il rappeler qu’un quart de ces étudiants vivent sous le seuil de pauvreté et que 100 000 travaillent à mi-temps pour payer leurs études ! Le budget logement prend la moitié du budget mensuel d’un étudiant.

Rappelons également que les résidents en foyer EHPAD peuvent êtres allocataires de l’APL .

Le gouvernement souhaite aujourd’hui baisser de 5 euros par mois les APL. Si cette mesure devait se confirmer il y aurait 50 000 bénéficiaires en moins.

Des parlementaires estiment que l’effort demandé est indolore car limité à 5 euros par mois et donc 60 euros par an. Comme le rappelait Thierry Repentin, c’est méconnaître la réalité de milliers de familles précarisés pour qui ces 5 euros constituent une journée de reste à vivre !

Par ailleurs, rappelons que les APL ne sont pas versées si elles sont inférieures à 15 euros par mois. Par conséquent toutes les familles qui perçoivent jusqu’à presque 20 Euros par mois en seront privées avec la réforme annoncée qui les fera passer sous la barre fatidique des 15 Euros… Il s’agit alors pour ces familles d’une perte sèche de 230 à 240 euros par an !

Évidemment cette mesure toucherait les plus modestes, cette proposition est donc injuste et souffre de la comparaison avec les cadeaux faits dans le même temps aux contribuables soumis à l’ISF…

Nous le savons les APL jouent un rôle d’amortisseur économique et social. Rien ne prouve qu’une baisse mécanique des APL provoquerait une baisse des loyers.

Même si pour une minorité de propriétaire l’allocation peut représenter un effet d’aubaine, cela reste marginal. Évitons les généralisations, tous les propriétaires ne sont pas de vils spéculateurs.

Nous sommes aujourd’hui dans l’attente d’une loi logement pour l’automne, espérons que le Gouvernement et le législateur aient ces données en tête.

Didier Manier
Président de Lille Métropole Habitat

Après le 1er tour de l’élection présidentielle…

Les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle sont tombés.

La colère exprimée devra être entendu. Viendra aussi très vite le temps d’en tirer tous les enseignements…

Pour l’heure, il faut se concentrer sur le 2nd tour. Contrairement à ce que pourrait laisser croire le comportement de certains, je suis convaincu qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

La peur, le rejet, la xénophobie et le repli ne sont pas des solutions d’avenir.

Sur le plan économique, social et sociétal, l’application du programme du Front National serait, j’en suis certain, une catastrophe pour la France.

L’heure est donc à la mobilisation pour défendre nos droits et nos valeurs réunies sous le beau triptyque Liberté, Egalité, Fraternité auxquels j’ajouterai Laïcité.

Comme pour le 21 avril 2002, j’apporterai ma voix le 7 mai prochain à Emmanuel Macron pour faire barrage à la candidature de Marine Le Pen.

Sans remettre en cause mes convictions et au-delà de la déception et de la tristesse que j’éprouve au regard des résultats du 1er tour, c’est sans hésiter que je refuse d’accepter la banalisation du Front National.

Républicain et Démocrate, je ne m’y résoudrai jamais !

Un seul vote utile, le vote de conviction !

Mesdames, Messieurs,

J’ai toujours été dubitatif sur le processus des Primaires citoyennes. Les Primaires dévaluent le militantisme et consacrent la démocratie d’opinion. Elles renforcent la présidentialisation de la Vème République qui semble pourtant à bout de souffle. Les Primaires sont davantage un produit marketing calé sur le temps médiatique qu’un outil de rassemblement.

Toutefois, au nom d’une certaine vision de la « rénovation », le Parti Socialiste s’est engagé dans le processus. Les Primaires ont été inscrites au cœur de notre mode de désignation ; dont acte.

Le 29 janvier dernier, plus de 2 millions d’électeurs ont participé au 2nd tour des Primaires de la gauche et des écologistes. Benoît Hamon a été désigné, à une large majorité, candidat à l’élection présidentielle. Comme élu et citoyen de gauche, j’ai participé aux Primaires. Comme tout un chacun… j’en ai accepté les règles, et les respecte !

Ces cinq dernières années, j’ai soutenu et je continue de soutenir les avancées du quinquennat de François Hollande : la retraite à 60 ans pour 650 000 bénéficiaires, le compte pénibilité, la généralisation du tiers-payant, l’augmentation des effectifs d’enseignants dans l’Education nationale, la revalorisation des minima sociaux, le mariage pour tous, la loi Alur sur le logement, les résultats de la COP 21 pour le climat…

Je ne me suis pas reconnu dans la démarche et les coups d’éclat de ceux qui ont été surnommés les « frondeurs » au sein du Groupe Socialiste à l’Assemblée nationale.

Cependant, il faut être lucide. Notre bilan contient des réussites mais également des zones d’ombre. Sinon nous n’en serions pas arrivés là.

Je ne souscris pas entièrement à l’ensemble des propositions de Benoît Hamon. Pour autant, c’est un projet politique audacieux et d’avenir. La gauche doit se réinventer pour faire face aux injustices et aux désordres d’un monde nouveau et instable. Il apporte des réponses innovantes en matière de politique européenne, de transition écologique, de rapport au travail, de transformation des services publics et de défense du modèle social républicain.

Au 1er tour de l’élection présidentielle, il n’y a qu’un seul vote utile : le vote de conviction !

Quel autre candidat que Benoît Hamon défend l’héritage et l’avenir de notre mouvement ? A mes yeux, aucun.

J’ai débuté mon engagement politique dans le cycle d’Epinay qui est en train de s’effondrer. Cela produit beaucoup d’interrogations. Cependant, notre destin demeure collectif. J’en garde la certitude. Il l’a toujours été. L’histoire le prouve, dans les victoires comme dans les défaites. Il n’y a pas de sauvetage individuel ou si peu…

Je ne donne aucune leçon à quiconque. Mais il me paraissait important, dans les circonstances actuelles, d’exprimer ma position. Je suis de gauche. Je suis socialiste. Je continue de m’inscrire dans le Parti de Jaurès, Blum et Mitterrand, « convaincus, jusqu’au fond de nous-mêmes, que, pendant que vous irez courir l’aventure, il faut que quelqu’un reste garder la vieille maison ».

Pour ces raisons, le 23 avril prochain, je voterai pour le candidat de la Primaire de gauche et des écologistes. Je voterai Benoît Hamon.

Didier MANIER