Une réflexion au sujet de « Conférence débat sur le logement »

  1. le blog laïque de Champs Hommage à André Fortané ,fondateur du CNAFAL et de l’UFAL

    A André Fortané
    à son épouse et à leurs enfants

    L’ensemble de cet article a été réalisé sur la base d’une note « A ma famille, à mes amis, à mes partenaires » rédigée le 3 mai 2003 par André Fortané à l’occasion de la remise des Palmes académiques et de souvenirs personnels livrés au cours de discussions « au tour d’un verre » à Épinay ou à l’ombre du prunier qui trône dans la cour de sa maison à La Tour du Crieu.

    Un grand militant nous quitte. Et soudain, au-delà de la tristesse un immense vide nous envahit comme si une partie de soi s’en était allée tant sa présence nous était précieuse.

    Je passerai rapidement sur une scolarité brillante qui a conduit André de Bordeaux à Toulon, de Toulon à Langon (où il prépare le Certificat d’études primaires et rencontre le rugby) puis de nouveau à Bordeaux. Une scolarité comme on en souhaite tous à nos enfants, une scolarité sans problème, de celles dont on ne parle pas.

    C’est à 16 ans qu’André commence à sérieusement se faire remarquer : il entre officiellement dans la vie militante en créant à Bordeaux le Cercle Indépendant d’Études Politiques et, dans la foulée, le premier journal lycéen et étudiant (de Bordeaux).

    Mais les journées ayant tout de même 24 heures, tout cela ne suffit pas à les remplir. André va donc suivre les cours du Conservatoire municipal de théâtre et de chant.

    Est-ce là suffisant à ce boulimique de l’action ? Que non ! Il se lance donc en même temps dans l’animation périscolaire et théâtrale bordelaise.

    A 18 ans, André fait un passage éphémère dans les rangs des combattants républicains espagnols.

    Puis il reprend ses études, des études scientifiques d’abord, avec une préparation à l’école Polytechnique – qu’il refusera de rejoindre – puis des études sociologiques à la faculté des lettres, André s’intéresse au droit à la faculté de Bordeaux. Ce qui le conduira au barreau de Bordeaux où, jeune avocat, il se voit confié la défense d’un petit truand.

    Il parviendra à le faire acquitter.

    C’en est trop ! Dégoûté de la justice qui relaxe celui qui méritait les écrous, André quitte aussitôt la robe …

    Il tente alors sa chance dans la voie industrielle et commerciale et devient apprenti cadre dans une entreprise parisienne de fabrication de pièces détachées d’automobiles.

    Il fait alors la connaissance de la nièce d’un fournisseur de machines-outils et l’épouse. De cette union naîtront par la suite cinq enfants.

    André devient en même temps collaborateur de l’once de sa femme.

    Oui, mais voilà c’était « la belle époque », celle où il fallait encore faire son service militaire…

    Incorporé au 5ème régiment de génie à Versailles, puis dans le bataillon des officiers de réserve, le militantisme le démange et il crée la « Ligne de Fer », association pacifiste, clandestine, qui réunit officiers et sous-officiers de réserve de la « classe 35 ».

    Entre Jean Giono et Jean Moulin, André cherchait son chemin laïque !

    C’est pour ces hauts faits d’armes – son pacifisme foncier – qu’André ne peut être nommé officier mais … devient sous-officier instructeur au bataillon des élèves officiers de réserve !

    Comment après cela la guerre a-t-elle pu être déclenchée ? Sans doute les contradictions de l’armée…

    C’est la guerre. La drôle de guerre ! Et la déroute ! A pied de Versailles à Orléans, à bicyclette d’Orléans à Cahors, en camion de Cahors à Plaisance – dans le Gers – où le voyage prend fin : démobilisation !

    Collaboration ou résistance ? Le choix est vite fait.

    Changement d’activité. André devient agriculteur résistant en Dordogne ou résistant agriculteur ; enfin il pratique à la fois la résistance et à ses moments perdus l’agriculture : il faut bien un alibi…

    Travailler à la fois près de la ligne de démarcation et de l’axe ferroviaire stratégique Bordeaux Lyon, cela peut donner des idées : sabotage de la voie ferrée !

    En 1943, sur dénonciation, André est arrêté – accusé d’être juif – et déporté avec son ami Pierre Houssemaine : c’est la triste liste des camps !

    De Compiègne à Buchenwald, Dora, Ravensbrück.

    Dans ces moments de captivité, André liera de très fortes amitiés qu’il entretiendra jusqu’au dernier moment avec ceux qui auront survécu et qu’il appelait ses frères (je pense en ce moment à René Bordet ou à André Sellier – qui n’ont pu être parmi nous aujourd’hui – et à bien d’autres encore qu’André m’a donné la joie de connaître) et avec tous ceux qui auront perdu leur vie dans ces camps laissant une cicatrice indélébile au cœur d’André.

    Comme il l’avoue modestement, c’est surtout grâce à la fraternité – qu’il cultive sans retenue, à l’entraide, à l’abnégation et à l’héroïsme qui régnaient dans son groupe qu’André – avec quelques uns de ses co-détenus – connaît la libération de 1945.

    Profitant de la relative désorganisation de l’armée allemande prise en tenaille par les alliés, il s’évade en compagnie de deux amis et d’un opportuniste qui leur faussera bien vite compagnie. Après avoir « réquisitionné » un attelage ils s’enfuient vers la France. Fuite émaillée de rires et de frayeurs … et d’un échange forcé, avec les troupes russes, de deux chevaux en bon état contre trois exténués et en bout de … course. Les voleurs, volés en quelque sorte.

    Puis, c’est le passage de l’Elbe. Après une tentative à la nage (sous la mitraille) et un retour précipité sur la berge les trois amis s’improvisent interprètes pour recenser les personnes embarquées sur le bac et … profitent de leur situation pour s’embarquer à leur tour.

    Accueil des américains et retour en France.

    Retour à la ferme aussi ! Et de nouveau le militantisme ! André qui avait pris goût à l’agriculture devient Secrétaire général des syndicats d’exploitants agricoles de la Dordogne puis Secrétaire national adjoint de la Confédération Générale de l’Agriculture aux côtés de Philippe Lamour. Il a en responsabilité le secteur de la modernisation mécanique de l’exploitation agricole. Dans le même temps, il devient membre du Conseil Économique et social national.

    Mais sans doute ces tâches ne sont-elles pas suffisantes à ses appétits d’activités.

    Aussi se lance-t-il dans la création d’un réseau de coopératives internationales pour les échanges agro-alimentaires européens et l’équipement des exploitations. Ce sera pour lui l’occasion de nombreux voyages dans les pays de l’Est dont il rencontrera les dirigeants au nombre desquels le Maréchal Tito avec qui il se liera d’amitié.

    Puis André quitte la Dordogne et s’installe en Ariège où il s’empresse de créer une coopérative spécialisée dans l’élevage de basse-cour et la commercialisation des produits puis, suite logique, une coopérative d’approvisionnement pour les agriculteurs.

    Dès lors, et sans jamais abandonner l’activité rugbystique – qu’il a même pratiquée dans les camps de concentration – il se tourne vers l’Économie sociale.

    Au début des années 60, à la suite d’un séisme familial et politique, André abandonne tout et revient à Paris où il retrouve rapidement des activités industrielles dans le domaine de la machine-outil à commande numérique et devient directeur général d’une société mondialement connue.

    Mais une fois encore, le virus militant frappe : André devient Secrétaire général de la FOL 95. Il crée une association d’éducation populaire par le Théâtre où il entraîne Annette sa nouvelle épouse qui lui donnera un fils. Tous deux travaillent avec le concours de personnels de l’Éducation nationale dans de multiples établissements scolaires du Val d’Oise.

    Une photo jaunie d’André en soutane témoigne des vicissitudes de l’art.

    Et si les murs pouvaient parler, ils raconteraient ces après représentation où dans l’appartement surpeuplé il faisait bon manger sur le pouce un morceau de confit ou vider les pots de confiture à la petite cuillère.

    Et si les voitures … elles nous diraient la traversée des villes, les décors et le mobilier familial sur le toit !

    Il faut bien reconnaître que ce militantisme extrême n’a pu se développer que grâce à la complicité toujours bienveillante d’Annette qui assurait à la fois l’intendance et … les retours de soirées.

    Un déménagement en Seine-St-Denis va permettre à André d’étendre ses activités à ce département où il rencontre un accueil chaleureux tant auprès des collèges et des lycées que des centres sociaux culturels.

    Mais va-t-il s’arrêter là ? Que non !

    C’est l’occasion pour lui de donner naissance aux premières associations familiales laïques de France.

    Militant au Conseil National des Associations Familiales Laïques, il en sera le Président, le fera reconnaître par l’ensemble du mouvement familial et obtiendra son agrément par l’UNAF au prix d’un combat de plusieurs années.

    En 1988, André a annoncé depuis plusieurs mois déjà qu’il ne solliciterait pas le renouvellement de son mandat à la tête du CNAFAL.

    Mécontent de l’orientation prise par les dirigeants qui lui succèdent, il quitte bientôt le CNAFAL, prend son bâton de pèlerin (laïque !), sillonne la France et, avec quelques fidèles pour base de l’édifice, construit l’Union des Familles Laïques (l’UFAL).

    C’est une construction harassante mais oh combien exaltante !

    Suffit-elle à sa boulimie ? Une fois encore il faut répondre non, deux fois non !

    Une première fois non parce qu’il ne lui suffit pas d’impulser, d’orienter, de mettre en œuvre mais également il lui faut pratiquer à la base. Et quel meilleur terrain d’expérimentation qu’Épinay sur Seine où il réside ? C’est ainsi qu’il visitera un à un tous les établissements scolaires proposant des partenariats aux uns, prodiguant des conseils aux autres, impulsant des expériences de formation des jeunes consommateurs ici, esquissant des animations de restauration scolaire là, l’aide aux devoirs ailleurs …

    Puis André décide une fois encore de passer les relais et quitte la Présidence de l’UFAL nationale non sans continuer d’apporter sa collaboration à tous les niveaux.

    Une deuxième fois non parce que pour le boulimique André, l’UFAL est un cadre bien trop étroit. Maintenant qu’il n’est plus en charge de sa direction, l’UFAL lui laisse un peu de temps libre. Aussi devient-il Délégué Départemental de l’Éducation Nationale. Il s’engage sans retenue – qui en aurait douté ? – dans ce nouveau combat Il structure cette organisation sur Epinay et effectue un maillage efficace de la commune, chaque école ayant désormais « son » DDEN.

    Depuis quelques années, des problèmes d’audition et de vue empêchaient André de conduire.

    Récemment, bien qu’ayant conservé toutes ses facultés d’analyse, de réflexion et de proposition, André nous disait la quasi impossibilité pour lui de suivre nos débats et d’y participer.

    Comme au rugby, après avoir fait une percée, pour que l’action se prolonge André nous fait une nouvelle fois la passe. Mais cette fois, André tu nous laisses bien seuls pour avancer vers la ligne de but.

    Aujourd’hui, André, tu quittes le terrain. Nous n’entendrons plus résonner ta voix de ténor entonnant « Arièjo o moun païs » mais tu nous as montré le chemin.

    N’attends pas que nous prenions ta place, tu as mis la barre bien trop haute !

    Mais je dirai ici, solennellement, que ton combat n’a pas été vain, que nous allons tenter de nous en montrer les dignes héritiers et que, l’ayant engagé à tes côtés, nous allons le poursuivre afin que triomphent la laïcité, la liberté, l’égalité et la fraternité.

    Au revoir André

    Jean-Yves Vayssières

    militant laïque

    UFAL 95

    Il y rencontre virus du rugby qui va le « tenir » une quarantaine d’année, et Pierre Lagorce qui devint Maire de Langon puis Vice Président de l’Assemblée Nationale.

    A la tête du CIEP se trouvent alors deux jeunes inconnus André Fortané et Gaëtan Picon qui sera plus tard directeur de cabinet d’André Malraux.

    C’est toujours avec de jeunes inconnus qu’il pratique ces activités annexes : Danielle Darieux, Georgette Plana, les Frères Jacques, …

    La encore, André est bien entouré : Jean Giono, Jean Moulin …

    André est arrêté en compagnie d’un camarade de résistance Pierre Houssemaine – qui mourra d’épuisement à Dora – et d’ouvriers réfugiés espagnols qui travaillent sur la propriété.

    A Dora, André est affecté dans un atelier de fabrication de pièces sensibles destinées au pilotage automatique – et plus particulièrement à stabiliser le vol – des V2 : les gyroscopes. Le jeu – risqué ! – consiste, une fois le gyroscope monté et avant de le poser dans le magasin de stockage, à effectuer durant le transport manuel un petit mouvement brusque des poignets qui les rendra inutilisables.

    « Jusqu’en juin 1944, les fusées montées à Dora qui quittent l’usine sont destinée à des tirs d’essais … et la détermination des défauts à corriger » in histoire du camp de dora par André sellier.

    La fabrication et la manutention des pièces sont donc très sévèrement contrôlées et surveillées afin de donner le plus d’efficience possible aux corrections. Les petits actes de sabotage retardent d’autant la mise en service des fusées. Plus tard les mêmes actes ralentiront les chaînes de montage avec la même efficacité.

    Philippe Lamour est le père de Jean François Lamour qui fut ministre de la Jeunesse et des Sports, actuellement député UMP de Paris et vice-président de l’Agence Mondiale Antidopage.

    Un jour, alors qu’ils sont nus comme des vers, en plein hiver, au milieu du camp, et qu’ils chancellent assaillis par le froid, les réflexes rugbystiques reviennent et sous les yeux ébahis de gardiens médusés, André organise la partie et tous entrent dans la mêlée ! Échappant sans doute ainsi à la mort.

    Une autre fois, André se fait voler ses chaussures. En plus de la température glaciale qui règne alors, il est très sensible des pieds et il pense que c’est pour lui la mort assurée ! Un moment après un « copain », sans aucun doute au péril de sa vie, lui en a « trouvé » une autre paire …

    Fédération des Œuvres Laïques du Val d’Oise

    Le T JT : Théâtre, Jeunesse et Travail

    UNAF : Union des Associations Familiales

    Épinay sur Seine (Seine-Saint-Denis) lieu de résidence du couple Fortané alors que les vacances se passent dans la maison familiale de La Tour du Crieu en Ariège

    C’est Alain Godin qui succèdera à André Fortané à la tête de l’UFAL puis Bernard Teper prendra le relais.

    In « A ma famille, à mes amis, à mes partenaires »

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