Sur le site de l'ancien hospice armentiérois, Partenord a aménagé 42 appartements et six maisons.

« Dans ce parc magnifique, j’ai l’impression d’être une châtelaine »

Sur le site de l'ancien hospice armentiérois, Partenord a aménagé 42 appartements et six maisons.
Sur le site de l’ancien hospice armentiérois, Partenord a aménagé 42 appartements et six maisons.
(crédit photo Voix du Nord)
La statue de saint Joseph et de l’Enfant Jésus, perchée tout là-haut dans une niche du frontispice, veille sur la résidence Mahieu depuis le 2 juillet 1877. Caroline Gombert n’est là que depuis le 6 octobre. Elle et Simon, son fils de 11 ans et demi, ainsi que 115 autres locataires viennent d’emménager dans la magnifique demeure, jadis « asile de vieillards » géré par les Petites Soeurs des Pauvres. Locataires à loyer modéré tout en ayant l’impression d’être châtelains. Ces Armentiérois ne peuvent vraiment pas dire qu’il est blême, leur HLM.

De l’extérieur, on dirait que rien n’a changé. Le parc arboré, magnifique, est intact. La façade de briques et son vertigineux frontispice semblent identiques à ce qu’ils étaient en 1877, lors de leur inauguration. Ici, au bout de la rue Denis Papin, dans le très huppé quartier des écoles d’Armentières, la résidence Mahieu impose orgueilleusement sa présence depuis cent trente-cinq ans. « J’ai un peu l’impression d’être une châtelaine », rit Caroline Gombert qui fait partie des 117 locataire de Partenord Habitat, qui vivent ici depuis quelques semaines.

Dans le magnifique parc, devenu privatif, Simon est heureux comme tout : « Mon collège, Saint Jude, est à quelques mètres. Mes copains habitent tout près, je pourrai les inviter à jouer. » La façade extérieure et le parc n’ont pas changé. On ne dit plus la même chose en entrant… Et heureusement pour les architectes du cabinet TAO de Roubaix, qui, pour le compte de Partenord, ont conduit la réhabilitation de l’auguste bâtiment. « Avant, ici, il y avait la grande salle où les personnes âgées prenaient leurs repas, se souvient Christian, un Armentiérois de 50 ans qui a beaucoup de souvenirs ici. Quand j’étais gamin, je venais voir ma grand-mère, à l’époque des bonnes soeurs. Je me souviens qu’il y avait des grandes chambrées à plusieurs lits. » Il faut bien avouer que l’ancien hospice érigé là par Auguste Mahieu, un patron « social » du textile, « pour les indigents et les vieillards d’Armentières » et repris par le CH d’Armentières en 1970, n’était plus vraiment adapté. D’où sa fermeture et sa revente à Partenord Habitat en 2006. « Ici, avant, il y avait la chapelle, lance Amand Michée, 75 ans. En fait, c’est là que j’habite maintenant. » Armand est en effet un des trente-quatre retraités qui, avec son épouse handicapée, viennent d’emménager. Lui, il est dans un des appartements construits juste derrière la résidence principale rénovée. « On ne pouvait vraiment pas garder la chapelle », précise Sophie Rouffignac, une des architectes du cabinet TAO qui évoque tous les imprévus découverts au fil du chantier (planchers en bois à refaire, matériaux ajoutés, crypte de la chapelle…).

Quel effet ça fait d’habiter en HLM dans un endroit si grandiose ? « Depuis plusieurs années, je passais devant les grilles en fer forgé qui entourent le parc, pour conduire mon fils à l’école, juste à côté. Je me demandais ce que ça allait devenir depuis la fermeture de la résidence pour personnes âgées en 2005. Sans me douter que, quelques années plus tard, j’allais y habiter. J’ai encore du mal à y croire ! »

Dans son appartement du rez-de-chaussée, un T3 dont les fenêtres donnent sur le parc, Caroline savoure son bonheur. Parquet flottant, murs impeccables, agencements modernes : son appartement dispose de tout le confort alors qu’elle se trouve dans un bâtiment prestigieux. Avec un loyer « normal » de 407 euros. « Bon il y a des charges un peu plus élevées, environ 130 euros, admet-elle, mais je le comprends, ne serait-ce que pour l’entretien de notre parc. » Pour être à la fois locataire HLM et châtelain, c’est quand même raisonnable…

Le coût de ces HLM pas blêmes du tout

On est loin du blême HLM que chante Renaud. De plus en plus, les offices et sociétés de HLM se montrent intéressés par la réhabilitation de belles demeures. « Mais c’est vrai que ça coûte plus cher, confie Didier Manier, président de Partenord. Pour la résidence Mahieu : 7,8 millions d’euros, soit 15 ou 20 % de plus qu’un programme neuf. » « Les exemples de HLM dans des bâtiments remarquables sont quand même encore assez rares, explique Raymond Fraccola, directeur de l’agence régionale pour l’habitat qui fédère 48 organismes de HLM. Main on peut citer tout de même d’anciennes usines, comme Prouvost à Tourcoing, la Filature à Lille-Moulins ou l’EDF sur le Grand Boulevard, ou encore la gendarmerie de Lille, boulevard Louis XIV. Il y a aussi des maisons de maîtres, ici ou là, qui ont été séparées en 3 ou 4 logements. » Mais il faut reconnaître que ces bâtiments destinés à la réhabilitation passent le plus souvent chez les privés qui peuvent assurer plus facilement la rentabilité des opérations. « En tout cas, se réjouit le maire d’Armentières Bernard Haesebroeck, on a fait ici d’une pierre deux coups : on a sauvegardé un bâtiment emblématique et augmenté l’offre de logements sociaux de qualité. »

Par Bruno Trigalet

Source Voix du Nord
Actualité Métropole lilloise
17.11.2012

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