Mon intervention pour la première Séance Plénière du nouveau Conseil départemental

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les élus,

Je salue notre nouvelle assemblée, une assemblée renouvelée et strictement paritaire. Je m’en félicite !

Je tiens à saluer mes deux prédécesseurs, Patrick KANNER et Frédéric MARCHAND pour leur amitié et le travail effectué au service du Nord et des Nordistes.

Je tiens – au nom du Groupe Socialiste, Radical et Citoyen – à féliciter Monsieur Jean-René LECERF pour son élection à la tête du Conseil départemental.

Bravo Monsieur LECERF.

Monsieur LECERF, vous êtes un homme de droite. Nous le savons.

Mais je vous connais bien et je sais que vous êtes – avant tout, avant d’être un homme de droite – un élu respectueux qui ne transige pas et n’a jamais transigé avec les valeurs de la République.

Dans la période, ce n’est malheureusement pas l’attitude de tous. Aussi, il me semble important de le souligner.

Monsieur LECERF, vous êtes le nouveau président de l’assemblée. Vous avez recueilli les voix de la nouvelle majorité départementale : celle qui a gagné les élections des 22 et 29 mars.

Votre victoire s’impose. Elle est nette. Vous avez récolté 26 des 41 cantons du département. C’est la réalité des urnes.

Le Groupe Socialiste, Radical et Citoyen conserve 10 cantons. Le Groupe Communiste-Front de Gauche en conserve 5.

Nous avons perdu la majorité. La défaite est là ! Même si nous la trouvons injuste.

Pour autant, je n’ai aucun regret sur ce que nous avons fait, sur ce que nous sommes et ce que nous avons défendu pour le Nord et continuons de défendre pour les Nordistes.

Les élus socialistes sont fiers du travail accompli.

Nous sommes restés fidèles à nous-mêmes. Nous n’avons pas à rougir de notre bilan, de nos actions et de ce que nous avons proposé dans la campagne des élections départementales.

Nous savions que le combat allait être plus dur que jamais.

Les éléments étaient réunis contre nous.

Les élections municipales de mars 2014 et la défaite de nombreux maires – conseillers généraux de gauche – qui n’avaient pourtant pas démérité préfiguraient les résultats d’aujourd’hui.

D’une part, le contexte national qui a complètement éclipsé notre bilan et notre projet aux yeux des électeurs.

D’autre part, l’absence d’union de la gauche au 1er tour qui nous a durement pénalisés. C’est un gâchis quand l’on voit à quel point nos projets locaux et départementaux étaient proches.

En réalité, nous n’étions pas maîtres de notre destin.

Comme le déclarait Jean-René LECERF en conseil de campagne dans l’émission Mots Croisés sur France 2, avec le PS au gouvernement, il suffisait d’attendre que le département tombe à droite comme un fruit bien mûr.

Nous avions beau avoir un bilan. Nous avions beau être les seuls à faire campagne sur un projet départemental. Nous n’avons pas réussi à éviter la défaite.

C’est un résultat bien injuste pour nos élus sortants et nos candidats que je remercie très chaleureusement.

Ils ont fait un travail de terrain exceptionnel à l’écoute de la population nordiste.

Ils peuvent en être fiers.

Soyons fiers d’avoir défendu nos valeurs de solidarité active, d’équité et de justice !

La solidarité prend tout son sens lorsque l’on se confronte aux problèmes des familles nordistes, leurs soucis en termes d’emploi ou de logement et le profond désarroi qu’elles ressentent dans leur quotidien.

J’ai été marqué tout au long de la campagne par le sentiment de crainte qui est très largement partagé : la peur du déclin de son pays et de son territoire mais également et surtout la peur du déclassement pour soi-même et ses enfants.

Les difficultés actuelles, le climat de fatalité et de résignation n’a pas favorisé nos candidats. Disons le, ce n’est pas un bon climat pour la gauche.

C’est un climat propice au FN dont les scores sont très inquiétants.

Dans notre département, il totalise 31,85% des voix du premier tour. Il n’a pas réussi à gagner un siège dans notre collectivité. Ce n’est qu’une petite consolation !

Dans le Nord comme en France, le FN n’a jamais été aussi fort. Il n’a jamais été aussi dangereux car il n’a jamais été aussi proche de son but.

Aujourd’hui, un parti antirépublicain peut devenir majoritaire et utiliser la voie démocratique pour prendre le pouvoir. La situation est grave. Ce n’est pas – ce n’est plus – de la politique fiction.

Des barrières ont véritablement sauté.

Dans ce contexte, je tenais à vous féliciter Monsieur LECERF pour votre clarté entre les deux tours : votre soutien inconditionnel au vote républicain.

Je déplore, cependant, que votre appel n’ait pas été entendu partout et par tous ; notamment au plus haut niveau de votre formation politique.

Car le « ni ni » de M SARKOZY et de M HORTEFEUX – ni FN ni PS – est une faute politique et morale. Ce n’est pas la ligne d’élus républicains !

Les élus républicains doivent être exemplaires. Ils doivent se positionner sur des faits, des actes, des promesses et des intentions.

Qu’en est-il aujourd’hui des vôtres Monsieur LECERF.

C’est un peu la curiosité de cette élection avec un programme qui se dessine une fois le scrutin passé. C’est certainement là une forme de modernité qui m’avait échappé.

Vous avez donc énoncé des priorités en début de semaine que nous pourrions résumer en un seul mot : la rigueur.

La presse les a relayés, c’est d’ailleurs elle qui en parle le mieux.

Comme titrait France 3, « avec Jean-René LECERF, le Nord va devoir se serrer la ceinture ».

Je me permets donc de commenter vos premières déclarations. C’est l’une des tâches et des prérogatives de l’opposition.

Trois points m’interpellent en particulier :

En premier lieu, les économies qui sont devenues le leitmotiv de la nouvelle majorité.

Vous avez déclaré vouloir « baisser la masse salariale du Département de 8% sans que cela ne soit douloureux ».

Vous avez annoncé des pistes d’économies dans le domaine de la communication ou de la gestion des assemblées qui permettront de gagner quelques dizaines de postes.

Ces annonces sont de l’ordre du symbolique car nous sommes bien loin des 45 millions d’euros d’économies évoquées sur les charges de personnels.

Alors la question est très simple. Où allez-vous supprimer des postes ? Quels services publics aux Nordistes comptez-vous réduire ou supprimer ?

Nous jugerons sur pièce. Mais sachez le Monsieur LECERF, nous serons ici les défenseurs des services publics de proximité et de la territorialisation de l’action départementale.

Pour le reste, nous le savons, 80% des dépenses du Département sont obligatoires.

Vous l’avez bien compris, puisque vous annoncez d’ores et déjà dans la presse un désengagement du Département dans les domaines du sport et de la culture.
Les choses se dessinent petit à petit, vous souhaitez réduire la voilure des politiques volontaristes que nous avons mises en place, qui participent à la vitalité du Nord et pour lesquelles les communes attendent beaucoup.

Pour nous, les choses sont claires. Nous l’avons dit tout au long de la campagne. Le sport et la culture ne doivent pas devenir les variables d’ajustement d’une politique d’austérité.

Le sport et la culture ne sont pas un luxe. Ils contribuent au vivre ensemble et à la mixité sociale. Ils constituent un exutoire pour certains mais surtout ils donnent un supplément d’âme à une société traversée par une crise morale sans précédent.

Dans le même esprit, j’espère que vous poursuivrez la politique de participation citoyenne que nous avons engagée sous la houlette de Patrick KANNER avec les Ateliers Citoyens et les Conseils Cantonaux de Concertation. C’est crucial si nous souhaitons rendre notre démocratie plus proche et plus transparente.

En second lieu, vous avez déclaré vouloir faire en sorte « que ce mandat soit celui de la reconciliation du Département avec les entreprises ».

Il s’agit certainement ici d’un hommage au Premier ministre car manifestement, vous aussi, vous aimez l’entreprise.

Mais sur ce point, Monsieur LECERF, je tiens à vous rassurer. Nul besoin d’une réconciliation car nous n’avons jamais été fâchés.

Pendant le dernier mandat, le dialogue a été constant et nous avons travaillé avec les entreprises et leurs représentants pour développer les clauses sociales d’insertion dans les marchés publics ou préserver leurs carnets de commande grâce à un haut niveau d’investissement.

Nous sommes même allés plus loin en encourageant l’esprit d’entreprise, le goût d’entreprendre et l’innovation. C’est ce que nous avons fait en développant le micro-crédit professionnel, en soutenant le secteur de l’économie sociale et solidaire – 150 000 emplois dans la région – ou encore les incubateurs d’entreprises en lien avec les Universités et les Grandes Ecoles comme Cré’innov sur le secteur de la Haute-Borne à Villeneuve d’Ascq.

Alors légitimement, je m’interroge, lorsque je vous entends parler d’un prochain désengagement du Nord dans le domaine de l’action économique et de l’aide à l’installation des entreprises avec par exemple le réseau des Ruches dont nous connaissons ici le succès.

Est-ce véritablement une preuve d’amour ?

Enfin, et j’en terminerai ici pour aujourd’hui, je tenais à aborder le sujet de l’investissement que vous souhaitez voir « rétablir ».

Soutenir l’investissement, c’est en premier lieu, Monsieur LECERF, soutenir la réalisation du Canal Seine-Nord-Europe avec plus de 10 000 emplois à la clé.

Aussi, je suis surpris de voir dans la presse que vous remettez en cause son financement alors que nous avions réussi à mettre autour de la table tous les grands acteurs : l’Europe, l’Etat, les deux Régions et les quatre Départements.

Nous avions déjà prévu en décembre dernier de débloquer le financement de la première tranche. Lors du Budget Primitif 2015, 300 millions d’euros étaient programmés pour l’investissement et le financement des projets structurants qui sont attendus par les milieux économiques !

Alors Monsieur LECERF, si votre volonté est bien d’augmenter encore l’investissement de notre collectivité, j’ai envie de vous dire « chiche ».

Mais dites nous comment ? A tout le moins, quelles sont vos pistes ? Avez-vous déjà prévu d’augmenter les impôts ?

Vous l’aurez compris, je ne souhaite pas être dans la revanche ou dans la défiance à l’égard de la nouvelle majorité.

Je souhaite que nous soyons dans le débat et vous pouvez compter sur nous pour être une opposition constructive.

Nous ne sommes pas de mauvais perdants. C’est pourquoi Monsieur LECERF, nous vous souhaitons bonne chance dans le mandat qui vous est confié : bonne chance dans l’intérêt du Nord et des Nordistes ; notre seule et unique préoccupation !

3 réflexions au sujet de « Mon intervention pour la première Séance Plénière du nouveau Conseil départemental »

  1. tu as été très clair et précis dans ton discour bravo ,maintenant attendons la suite,j ai peur!

  2. Monsieur MANIER, je vous félicite pour votre intervention très pertinente. Monsieur LE CERF va sans doute essayer de récupérer au profit de la droite, les fruits du très bon travail fait par votre prédécesseur et vous. Pour l’intérêt des nordistes, j’espère qu’il aura la clairvoyance de mettre en œuvre tous les projets déjà fort bien élaborés.
    Respectueusement,
    Hachora.

  3. Félicitations Didier pour cette intervention qui a beaucoup de hauteur, d’intelligence, exprimée dans une rédaction rhétorique et argumentée !!!

    Tu es bien, comme Chef d’Opposition dans le Département, le représentant de tous les habitants du Nord, dont ceux
    les plus fragiles et tu essaies d’incarner dans ton militantisme d’homme de gauche les valeurs
    de solidarité active.

    Continue et je suis avec toi !!!!

    Jean-Marie RICHARD

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